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Le bleu des peintres du Moyen Âge
samedi 1er avril 2017
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En étudiant les couleurs employées au Moyen Âge par les peintres, il ne faut pas se préoccuper seulement de leur origine ou de leur emploi. Il est important de se poser la question de leur perception par le public à l’époque médiévale.

Les qualités essentielles de la couleur étaient l’ intensité et la luminosité. Les couleurs étaient employées d’une saturation importante, sans nuances et demi-ton, dans le but de relever leur pouvoir expressif, indispensable pour en faire sortir la significaton symbolique. Dans l’illustration des thèmes religieux, surtout, on choisissait de représenter la lumière à travers l’or et les gemmes. Les couleurs avaient des significations symboliques. Dans l’espace divin la couleur, résultat de l’interaction entre la lumière et l’obscurité, révélait la présence de Dieu. Il faut se rappeler qu’au Moyen Âge on croyait que la lumière des vitraux colorés des églises avait des propriétés curatives.

La noblesse du bleu

Au Moyen Âge la couleur bleue, métaphore de la spiritualité et de la transcendance, symbolise le plus haut degré de noblesse. A cette période, le culte de la Vierge se développe, au moment où le bleu devient la couleur du Manteau de la Vierge Marie.

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Le bleu est réalisé avec une teinte dense et saturée, obtenue en broyant de précieux lapis-lazuli, associé à des ornements dorés. Même l’habit du Christ ou de Dieu bénissant, est en général bleu comme on peut le voir sur les petites histories de la Majesté de Duccio, dans la chapelle Scrovegni peinte par Giotto ou sur les fresques de Pietro Lorenzetti de la Basilique Inférieure à Assise.

Le bleu outremer

Connu depuis l’antiquité, il s’agit d’un silicate de sodium et d’aluminium avec l’inclusion de sulfures et de sulfates ; en d’autres mots il s’agit de calcaire minéralisé contenant des cristaux cubiques de lazurite. Le nom bleu outremer provient du fait que le lapis-lazuli étaient extrait essentiellement en Orient et transporté en Europe par les ports du Proche-Orient (Syrie, Palestine, Egypte) : le terme « outremer » provient du nom de ces territoires à l’époque médiévale.

Données historiques

L’emploi le plus ancien de ce pigment remonte aux VIe et VIIe siècles sur les peintures des temples afghans. L’emploi de cette pierre est documenté sur des peintures chinoises du Xe et du XIe siècle, en Inde dans les peintures murales du XIe, XIIe et XVIIe siècle, dans les manuscrits anglo-saxons et normands écrits après l’an 1100. Le bleu outremer était un pigment difficile à préparer. À la suite du broyage on obtenait une poudre bleue déclinant vers le gris clair.
Au début du XIIIe siècle une méthode pour en améliorer la qualité a été introduite et il nous en reste une description faite par l’artiste du XIVe siècle Cennino Cennini.

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Le minéral, finement moulu, mélangé à de la cire fondue, des résines et des huiles, est enroulé dans une toile et pétri dans des solutions lavantes. On recueille sur le fond du conteneur les précieuses particules bleues, lavées des impuretés et des autres cristaux incolores. Le processus doit être répété au moins trois fois.
Le pigment est apprécié en émail pour sa transparence bleue claire. Tout en ayant une très bonne résistance à la lumière, le pigment est facilement décoloré par les acides. À cause de cela il était employé en peinture murale seulement à sec. Il était appliqué sur l’enduit sec mélangé à des liants. Il a été longtemps retenu comme le bleu par antonomase et, en vertu aussi de son prix, une des couleurs les plus riches et précieuses, souvent associée au rouge pourpre et à l’or, en particulier dans l’iconographie de la Vierge. Les artistes Européens l’utilisaient avec parcimonie, en le remplaçant lorsqu’ils le pouvaient par un pigment plus économique, l’azurite. Jusqu’à l’introduction de la peinture à huile il était considéré « blasphématoire » de mêler cette couleur à d’autres.
Vers la fin du XVIIe et au XVIIIe siècle à cause du manque d’azurite, il y eut une forte demande de pigment bleu. En 1814 Tassaert observa la formation spontanée d’un composé bleu, semblable sinon identique, au bleu outremer, dans un chaufour à Saint-Gobain et ceci le poussa à trouver une méthode pour la production artificielle du précieux pigment. Ces processus de production ont été conçus par Jean Baptiste Guimet en 1826 et par Christian Gmelin (ensuite professeur de Chimie à Tubinga), en1828. Alors que Guimet garda secrète sa formule, Gmelin la publia en permettant ainsi la naissance de l’industrie du bleu outremer artificiel.

Antonio Sigillo, Fondazione Alessandro Tagliolini, San Quirico d’Orcia, IT

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