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L’Université Populaire “La Sorgiva ?
visite la Villa Barbaro à Maser le 24 mai 2013
mercredi 19 juin 2013
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Construite entre 1557 et 1558 pour deux nobles vénitiens, les frères Daniele et Marcantonio Barbaro, la Villa de Maser se présente comme étant l’archétype de la villa idéale d’Andrea Palladio. Le grand architecte, grâce à cette commande illuminée au cours de sa pleine maturité, a pu accomplir ce projet en suivant les lignes d’origine.

L’édifice est construit avec un corps central avancé en forme de temple avec fronton sur colonnes ioniques et avec deux ailes avec arcades et tympan qui font contrepoint au corps central. L’intérieur est décoré avec un cycle de fresques d’une étendue et qualité exceptionnelles, un chef-d’œuvre de Paolo Veronese : un miracle de grâce, d’enjouement, de pyrotechnie, d’imagination exubérante, d’effets de couleurs pleins de fantaisie.

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A l’arrière de la Villa, un nymphée (exèdre avec vivier, grotte de Neptune) raccorde l’édifice au parc qui grimpe sur la colline située au-dessus. Devant la Villa se trouve le « Petit temple » dans lequel Palladio réinterprète le Panthéon et qui, avec sa coupole couronnée d’une lanterne flanquée de deux petits campaniles jumeaux, regarde vers les vastes étendues de vignes, oliveraies et vergers.

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La disposition soignée de la Villa aux pieds de la colline, au fond d’un ample parterre qui permet d’embrasser l’ensemble d’un seul regard ainsi que la division nette de la construction qui se fond harmonieusement avec le paysage, en font le modèle suprême de demeure hors de la ville. Il est le lieu cultivé et de l’otium studieux, le centre de direction et de production du domaine agricole dont la Villa est le coeur, selon les préceptes de la tradition humaniste. Ces caractéristiques ont induit la noblesse anglaise et les riches planteurs américains à une adhésion enthousiaste aux schémas palladiens, considères modèles suprêmes.

Angela Marchetti a ainsi introduit la visite à Villa Barbaro :

On vit dans une villa, non pas parce qu’il est pratique et confortable, pour cela il faut beaucoup moins, on vit dans une villa pour habiter sa propre pensée, son propre rêve réalisé.
Construire une maison de ce genre ajoute au territoire quelque chose qui n’était pas là avant et qui n’existait que dans l’esprit du client et de l’artiste. Les pensées prennent la forme d’actions, puis de maison, qui devient ainsi le lieu physique où l’on peut accueillir et rencontrer soi-même et l’autre. On est accueilli dans une pensée, dans un espace qui raconte et demande. On est songé.
Nos maisons aussi nous racontent et, si nous n’avons pas pu les construire comme des formes de notre habiter, nous les avons meublées pour qu’elles le soient. Autrefois on invitait dans la villa pour montrer sa richesse, mais aussi pour donner à ses amis le plaisir de la beauté. Aujourd’hui, on a un peu perdu l’habitude d’inviter à la maison, peut-être parce que la maison parle de nous, de notre hâte, de notre peu de soin, de notre mauvaise volonté à vivre dans notre pensée, dans notre rêve que peut-être nous ne connaissons pas.

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Maisons inhabitées.
C’est une expérience intéressante aussi d’habiter quelques jours dans une chambre d’hôtel : elle nous permet de nous voir dans d’autres pensées, dans une autre vie et les pensées des choses de la chambre font naître en nous de nouvelles pensées. Nous pensons que les choses n’ont pas des mots, et pourtant, comme des objets de notre désir, qui se disposent partout où nous sommes, qui s’accumulent tout au long de notre vie, elles racontent toujours ce que nous allons envisager sur le monde et la vie, ce qui nous entraîne et intéresse, elles sont les traces sur notre chemin et il est agréable de passer du temps avec elles, même quand elles parlent de quelqu’un que nous n’avons jamais rencontré.

Aujourd’hui, notre rencontre avec les choses sera riche de beauté, de contes, de fréquentations. Quand la richesse est consacrée à un projet tel que la construction d’une Villa pour lequel on demande la présence de Palladio en tant qu’architecte et de Paolo Veronese pour les fresques, on sent encore la valeur du mot richesse : des pièces d’or qui transforment et conduisent à la forme complète et parfaite la matière brute qui est la terre et la pierre.
Les alchimistes, qui voulaient changer en or la pierre pour rendre la nature précieuse et parfaite, se mesuraient souvent en effet dans la production artistique, qui est capable de générer beauté, là où le désir et l’amour pour la Vérité se manifestent.
Parmigianino, grand peintre maniériste du 1500, a créé pour ses « Vierges sages et folles » de l’Eglise de la Steccata de Parme, des couleurs qui n’existaient pas avant, et que, seules, auraient donné à ces femmes-là leur Vérité ou bien la bonne consistance de caractère sacré et beauté que le récit biblique évoquait.
Palladio crée pour sa terre des architectures qui, bien en imitant les formes classiques, racontent de la renaissance des hommes de son temps. Il parle de son client, fin humaniste et savant de philosophie, mathématiques et optique, qui voulait donner à la villa un sens sacrè. S’il est vrai que d’un côté la villa présente des différences marquées par rapport aux autres œuvres de Palladio, c’est sans doute le résultat de l’interaction entre l’architecte et un client d’exception. Daniele Barbaro est un homme raffiné, un connaisseur profond de l’architecture ancienne et mentor de Palladio
Tout comme un alchimiste Palladio essaie d’extraire de la terre de cette colline et de la maison existante, un unicum. Il intervient avec habilité, en creusant sur la paroi de la colline un nymphée avec un vivier à partir duquel, grâce à un système hydraulique sophistiqué, l’eau est transportée dans les aires de service, puis atteint les jardins. Cet exploit technologique, qui se réfère à l’hydraulique romaine, nous ramène encore une fois à ce désir de purification de la matière pour arriver à la perfection, qui caractérise la pensée maniériste et alchimistique.

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Palladio lui-aussi vient de la terre et de la matière brute que comme maçon, puis comme tailleur de pierre avait mesuré dans toute sa dureté et résistance à prendre forme de beauté. Même la dureté des hommes lui n’était pas inconnue, il mourut sans avoir accumulé des richesses et personne n’assista à ses funérailles qui accompagnaient une mort dont la cause était inconnue.
Pourtant, il sut transformer cette dureté de la pierre en lumière. Quel est l’objet magique ? Quelle a été la pierre philosophale qui se trouva dans ses mains ? Une vision : le temple. L’endroit où l’homme rencontrait la divinité répandue de la lumière de la Méditerranée, furent la source d’inspiration et le moteur du désir de beauté, harmonie et lumière qui a inspiré toute sa vie artistique.
La monumentalité des villas palladiennes, leur superbe beauté, la lumière, la majesté calme avec laquelle elles viennent nous rencontrer, lorsque pèlerins de jardin, nous allons les rencontrer, elles cachent l’humanité fragile de Palladio, qui tentait de tirer du marbre et de la pierre cette souplesse que la vie et les hommes lui refusaient et il le faisait avec la lumière et la répétition d’un module architecturale qui rendait harmonique la construction.
Auteur de merveilleux projets réalisés en partie après sa mort, écrivain de l’un des traités d’architecture les plus intéressants de tous les temps, a été considéré comme l’instrument à travers lequel les riches clients pouvaient donner forme à leur rêve d’habiter dans la merveille.

Mais Palladio n’était pas un constructeur, il était avant tout un homme qui cherchait où se cachaient la beauté et la perfection dans ce monde si obstinément désolant.
Comme les philosophes platoniciens, il a trouvé dans le numéro la clé d’accès au monde de la beauté idéale et, à travers la répétition harmonique de la mesure du diamètre de la colonne, a donné lieu, ou plutôt il a fait sortir de la terre la beauté qui était en elle. Pour les anciens philosophes classiques aux chiffres correspondaient les valeurs, les derniers sens du réel, les divinités et ainsi Palladio, pendant qu’il édifiait, il écrivait également avec les numéros l’histoire de la vie d’un homme qui rencontre le divin et le retient sur la terre en le tenant prisonnier dans les harmonies numériques des constructions. Les villas palladiennes sont des chefs-d’oeuvres à lire, parce qu’elles nous découvriront de cette façon le mystère éternel dont l’homme va à la recherche, on va entendre la solution, la réponse dans la musique qui est propagée par les éléments architecturaux des villas lesquels révèlent l’étincelle divine qui se cache dans la nature et dans l’homme. Platoniquement, Palladio estimait qu’elle seulement devait être dévoilée : la présence du divin parmi nous, ses constructions essaient de donner du corps à elle, de sorte que les hommes, une fois que l’ont vue, continuent à la chercher n’importe où et n’importe quand. Et voilà le grand mérite de l’artiste et du client, celui d’initier l’homme commun aussi, le pèlerin des jardins, à reconnaître la présence du divin, qui est perfection et beauté, qui est l’humanité vue dans sa perspective du salut de l’âme.

En entrant dans la Villa nous reçoivent les fresques de Veronese qui créent un espace illusionniste peuplé de figures humaines et divines qui habitent la maison avec animation.
C’est la vie de la villa que nous sommes appelés maintenant à partager. Avec un effort de fantaisie on va participer aux jeux, aux regards, aux plaisanteries d’un passé mythique qui revient nous rencontrer.
On se promène dans la villa et on n’est jamais seul : chaque figure nous raconte une histoire, nous accueille dans une pièce ou dans un paysage, se déshabille devant nous pour se faire séduisante, nous espionne pour voir nos émotions. Une porte s’ouvre, mais on ne peut pas entrer c’est le jeu du trompe-l’oeil qui nous exclut de la vie. Qui nous invite à entrer nous trompe avec sérieux et gentillesse. Passer un mur, on peut le faire, avec l’esprit, il n’y a pas de mur qui peut résister à la pensée. Les Muses nous jouent un dithyrambe qui se moque de notre hésitation et alors pourquoi ne pas se plonger dans l’illusion que la villa a imaginé que nous pouvions apprécier aujourd’hui, nous les pèlerins de villas et de jardins ? C’est une illusion ou une révélation ? Combien de fois une tromperie évidente nous révèle la vérité ? Des musiques de danses bachiques nous confondent à travers les pièces inconnues de la villa.

Quelle initiation y a-t-il pour nous aujourd’hui ? Comment serons-nous à la fin de ce voyage à travers les muses et les mythes ?
Histoires d’amour, danses, banquets, musique, printemps, nous sommes dans le royaume d’Amour que, on le sait, excite le désir de ses disciples. Nous sommes dans le lieu du plaisir, la villa nous invite à ne pas oublier Plaisir et Amour même pas quand nous nous consacrons aux habituelles activités quotidiennes, parce que « il s’enfuit, qui veut être heureux le soit, du lendemain il n’y a aucune certitude".

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Le plaisir s’enfuit, mais pas de ces pièces, pas de ces parois qui nous font le cadeau de la mémoire à nous pèlerins distraits qui oublions combien la vie peut être agréable. Mais il est difficile d’être heureux et parfois on voudrait supprimer ces fresques souvenantes, en préférant nos pièces sombres. Une fortune nue couronne un homme qui dort, pour que son sommeil aussi soit protégé par le destin dans cette villa généreuse qui célèbre une humanité heureuse. Mais les figures sévères du Temps et de l’Histoire nous chassent de la villa, nous gênants hommes du présent arrivés à troubler un rêve d’éternité.


Université La Sorgiva Montecchio

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