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Fleurs bleues chez Proust
dimanche 5 février 2017
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Le bleu, chez Proust, est celui des bords de la Vivonne, « la rivière qui se promenait en bleu ciel  » où le ciel se distinguait par un bleu « plus floral qu’aérien, un bleu de cinéraire  ». C’est aussi celui des petits étangs qui créent des plates-bandes flottantes de « pensées de jardin qui étaient venues poser, comme des papillons, des ailes bleuâtres et glacées  ».

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Le mauve et le bleu des fleurs de la Recherche du temps perdu participent de l’évocation de l’intimité de la femme. En effet la liaison de Charles Swann avec Odette de Crécy, une femme entretenue, une « demi mondaine » rencontrée au théâtre, a commencé réellement le jour où elle l’a reçu dans sa chambre , les cheveux dénoués, en peignoir de Chine mauve, portant au corsage sa fleur préférée, une orchidée « avec ses longs pétales mauves », le catleya. Ce dernier fournira à Swann le galant prétexte dont, timide, il aura besoin pour oser, dans la voiture qui les abrite , les premières caresses : il demande l’autorisation de remettre en place les fleurs dans le décolleté , avant de devenir son amant . Plus tard, Swann est bouleversé de jalousie à la vue du corsage de sa maitresse orné d’un bouquet de violettes, craignant qu’elle ne cherche à plaire à quelqu’un d’autre par cette toilette nouvelle, dans une nouvelle tactique de séduction.

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Devenue Madame Swann, Odette de Crécy a gardé la même gamme de couleur, elle portait ses cheveux « ceints d’un mince bandeau de fleurs, le plus souvent des violettes  » et tenait à la main une ombrelle mauve, assortie à sa robe de même couleur. Un autre jour, « coiffée d’une capote mauve que dépassait une seule fleur d’iris, elle rayonnait par un fleurissement vivant et bleu  ; mais tout a changé, l’amour de Swann est mort, et Odette le trompe sans vergogne ….

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Le narrateur enfant a rêvé de la fière duchesse de Guermantes des années avant de la rencontrer : elle lui montrait des fleurs aux « quenouilles violettes et rouges » et lui en apprenait le nom ; puis il l’a distinguée à une messe de mariage par la beauté de ses yeux « bleus et perçants ». Elle laissait s’échapper ses pensées « en un flot de lumière bleue qu’elle ne pouvait contenir ». Cette couleur la rapproche d’une autre fleur, quand « ses yeux bleuissaient comme une pervenche impossible à cueillir  ».

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On sait combien, pour Proust, la réalité est transfigurée par l’art, aussi la duchesse est-elle reliée à l’harmonie chromatique « des petits vitraux rectangulaires où dominait le bleu  » et des « myosotis de verre  » auxquels elle est symboliquement associée et qui baignaient les pavés de la place « d’un flot bleu et doux » ; alors le jeune garçon se met à aimer la duchesse idéale qu’il s’est inventée. Ainsi l’auteur des « Jeunes filles en fleurs  » associe étroitement le thème floral aux pensées et aux gestes amoureux ; comme le montre la jolie métaphore propre au couple « faire catleya » ; l’acte étant désigné par ce qui en est le prétexte.

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On peut s’interroger sur ce rôle privilégié, en lien avec les fleurs, de la couleur bleue avec ses variantes de mauve dans un contexte amoureux ; je serais tentée pour ma part d’y voir l’influence profonde de l’enfance et de l’amour passionné de l’enfant hypersensible pour sa mère qui venait lui porter les baisers si impatiemment attendus « dans sa robe de jardin en mousseline bleue  ».

Chantal Richard, formatrice de l’association Paysage et Patrimoine sans frontière, Saint-Germain-en-Laye, France

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